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Rétrospective : Récit de voyage 6

30 décembre 2025 Pas de commentaires

(Note : toutes les photos présentes dans cet article sont des photos personnelles)

1er avril 2009 … j’intègre pour la première fois de ma vie une école d’arts martiaux, qui plus est en Chine.

Lorsque j’arrive, le plus gros de l’hiver est passé mais les températures sont encore très fraiches et le paysage encore dénudé de toute floraison.

Je me présente à l’accueil avec la note d’admission à l’école pour un séjour d’une année complète.

Une toute nouvelle aventure commence !

Les personnes qui m’accueillent sont des étudiants ou de jeunes adultes qui entrent sur le marché du travail. Ils parlent l’anglais, parfois dans un style particulier, mais j’avoue qu’à cette période, mon anglais était aussi assez rudimentaire. On me fait visiter les lieux et on me guide jusqu’à ce qui sera ma chambre pour toute la durée du séjour. Le confort est très minimaliste mais amplement suffisant pour ce que l’on vient chercher et faire ici.

Les entrainements se déroulaient du lundi au vendredi et nous avions quartier libre le WE.

Un planning journalier type se déroulait ainsi :

6h – 7h : QiGong ou TaiJi

7h : petit déjeuner

8h30 – 10h : entrainement

10h – 10h30 : pause

10h30 – 12h : entrainement

12h : déjeuner

13h – 14h : repos

14h – 16h : entrainement

16h – 16h30 : pause

16h30 – 17h30 : entrainement

18h – 19h : diner

Il était possible de suivre parfois des cours du soir en mandarin pour apprendre la langue mais ces cours n’étaient pas réguliers car il y a beaucoup de turn-over du personnel dans ce type de structure et les nouveaux enseignants ont des difficultés à reprendre le flambeau.

Chaque mois, nous devions présenter lors d’une sorte d’examen les formes de l’art martial que nous pratiquions. Ceci garantissait un certain intérêt pour pratiquer et apprendre avec assiduité.

Lorsque j’ai choisi de me rendre plus spécialement dans cette école-ci, que je ne connaissais absolument pas, je ressentais au fond de moi qu’il y avait le maitre approprié pour moi. Effectivement, ce ressenti s’avérait juste ; le maitre se nommait Li shifu et lorsque j’ai fait sa connaissance, il n’avait pas d’élève sous sa tutelle et il attendait chaque jour patiemment que quelqu’un se présente. Le contact fut cordial et bienveillant et nous nous sommes liés d’une certaine amitié assez rapidement et d’un profond respect. Li shifu avait déjà, à ce temps-là, la soixantaine passée et se maintenait en très bonne forme, il était d’une extrême gentillesse. Il était pour moi comme un second père.

Durant un certain temps, j’ai donc eu la chance de pouvoir profiter en cours privés des enseignements du maitre.

Dans mon esprit, les arts martiaux étaient plutôt un mode et une philosophie de vie. Je me suis donc orienté vers l’apprentissage du QiGong…mais cela n’était pas suffisant pour le maitre et il voulait aussi m’enseigner le Baji Quan, qui est en soi un véritable art martial de combat. J’ai appris beaucoup de formes avec des armes blanches pour respecter le souhait du maitre mais je priorisais la pratique du QiGong.

Les jours passaient et je pris petit à petit mon rythme aussi régulier et constant que je le pouvais car ma condition n’était pas à son plus haut degré et les horaires et tous ces entrainements quotidiens étaient assez éprouvants. J’avais choisi l’option de séjourner une pleine année mais ce n’était pas le cas de chaque étudiant.

L’école faisait un mixte entre des étudiants chinois et des étudiants étrangers. Nous avions un bâtiment à part entière et certainement un peu plus confortable que celui des enfants chinois.

Au gré des semaines qui passaient, je voyais donc des étrangers arrivés et partir assez régulièrement. C’était une école chinoise mais aussi internationale.

C’était aussi en soi une très bonne école pour moi pour apprendre et perfectionner l’anglais. C’était merveilleux d’entendre cette langue parlée sous une multitude de sonorités et d’accents qui donnaient à chaque fois une nouvelle mélodie à écouter.

Cela a été très enrichissant car j’y ai fait la rencontre de beaucoup de personnes de nationalités différentes : anglais, allemands, américains, sud-africains, australiens, canadiens, argentins, péruviens, norvégiens, indiens … et bien sûr d’autres français. C’était aussi une expérience humaine !

J’ai commencé à apprendre le mandarin lors de cette première visite de longue durée en Chine. J’apprenais petit à petit avec les traducteur-rice-s qui étaient en charge de l’accueil et de l’administratif en lien avec nos séjours. Ils et elles devaient faire le lien entre les maitres et nous-mêmes. Les échanges étaient parfois folkloriques car comme je l’ai évoqué plus haut, leur anglais était assez basique d’où certaines difficultés à bien se comprendre parfois.

Les beaux jours étaient arrivés et les températures estivales montaient progressivement. Le climat dans cette région est assez similaire à celui de ma région natale l’Alsace mais avec un peu plus d’amplitude thermique, surtout concernant l’hiver où elles peuvent descendre à plus de -20°. En été, les températures sont donc assez identiques et la moyenne avoisine les 30-32°. Toutefois, pour ma part, avec de telles températures et dans la chaleur du hall d’entrainement, je me sentais vite étouffé. Les entrainements étaient assez difficiles à vivre et nous attendions les fins de journées avec une certaine impatience. Mais le meilleur moment pour s’entrainer restait évidemment à l’aube.

Durant les pauses, l’on pouvait s’adonner à certains loisirs pour se distraire ou bien nous prenions du repos dans nos chambres.

Il était aussi très facile de se lier d’amitiés avec les chinois et j’ai passé de très bons moments en leur compagnie.

Les conditions de vie étaient assez précaires et nous ne savions pas si nous bénéficions d’une douche chaque soir, mais cela reste tout de même anecdotique. Le lavage des vêtements se faisait soit à la main soit il fallait se rendre en ville durant le we. J’ai opté pour la première option et j’ai appris à me contenter du minimum pendant toute cette année mais cela aussi a été une école d’apprentissage.

Ils avaient leur propre système de chauffage et c’était eux qui le géraient ; cela signifie que nous avions du chauffage dans les chambres uniquement le matin et le soir. Je ne suis pas en mesure de dire la moyenne qu’il y avait dans ma chambre durant l’hiver mais un jour je fus un peu saisi par ce qu’indiquait le réveil qui faisait thermomètre, c’était le 27 décembre 2009 :

Un des avantages indéniables de la Chine, c’est sa main d’œuvre : une grande population qui est toujours prête à travailler. Lorsqu’il fallait entretenir le bâtiment, tout le monde y mettait la main à la pâte, même mon shifu … et parfois dans des conditions assez pittoresques, comme avec cet échafaudage fait maison.

Il nous arrivait parfois de faire des sorties dans les alentours avec les maitres et les enfants chinois ainsi que les traducteur-rice-s et l’on passait de bons moments. J’étais souvent subjugué par la capacité des chinois à s’amuser ou s’émerveiller avec tout ce qu’il pouvait trouver. Il faut dire qu’ils avaient très peu et donc cela rend immédiatement l’environnement plus intéressant et distrayant.

Mais ce qui me fascinait le plus c’était leur assiduité à l’entrainement. Pour la plupart de ces enfants, leurs parents les ont mis dans cette école pour qu’ils aient une éducation, car en effet, ils bénéficiaient de cours généraux en plus des entrainements. Une chance qui leur est offerte de bien s’intégrer dans le monde du travail.

Bon nombre d’enfants là-bas non pas cette opportunité et ils travailleront probablement très dur dans les champs ou les carrières de charbon. La vie rurale dans cette province est très rude et précaire. Mais ceci dit, cela ne les empêche pas de vivre heureux, pour la plupart, et ils se contentent de ce qu’ils ont.

… la suite de l’histoire au prochain épisode !

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